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Appareillage
Eclaireuses Eclaireurs de France
Groupe Lapérouse de Boulogne-Billancourt

Descente en radeaux de l’Ardèche 1966

dimanche 31 juillet 1966

Qui ne l’a pas attendu ce jour ? Qui n’a pas compté les heures de ce 6 Juillet ? Certains même n’espéraient-ils pas le coup de fil annonçant que le départ était avancé ? Et bien nous y sommes, et nombreux sont ceux qui ont bravé, longtemps avant l’heure du rendez-vous, le courant d’air au croisement des rues Daumesnil et du Charolais. Aussi fait exceptionnel, aucun retardataire et, à 21 heures le train s’ébranle. Quatre heures du matin. PIERRELATTE, un car poussif transporte tout de même pendant 30 Km, 50 EEDF et 960 Kg de matériel vers le lieu-dit « MEZELET » à 3 Km de VALLON PONT-D’ARC. Du terrain, la vue est magnifique et chacun, malgré la fatigue, ouvre tout grand ses yeux pour admirer ce spectacle grandiose qu’offre l’Ardèche. Tout de suite, malgré la chaleur nous commençons le travail des installations tant de patrouilles que collectives (tente intendance, WC, conduites d’eau, mât des couleurs). Ce travail se poursuivra normalement pendant les journées des 7, 8 et 9 Juillet.

Le 10 Juillet, toute l’installation est enfin terminée et nous aurons bien mérité la visite de l’AVEN d’ORGNAC, (la plus belle grotte de FRANCE), bien qu’il faille parcourir 21Km à pied pour l’atteindre, et que notre arrivée tardive (18h) nous oblige à passer la nuit à l’entrée de ce magnifique site, et à remettre sa visite au lendemain matin.

Ce fût alors pendant en compagnie du guide, à 120m sous terre, la succession la plus surprenante de stalagmites, stalactites, piles d’assiettes, concrétions où chacun se sentait pousser une âme de spéléologue…

Impossible d’omettre la pluie torrentielle qui nous attendait à la sortie, le S.C.S. à Chevreau et à son intendance Pour calmer les estomacs creux et permettre aux éclaireurs les plus fatigués de profiter de la voiture. Nous restons donc une vingtaine de misérables : Eclaireurs (dormant debout) Eclaireuses (quelques-unes pleurant) pour parcourir les 15/20 Km nous séparant encore du camp, malgré la bonne vingtaine déjà parcourus. A l’unanimité, le bivouac est décidé; mais grâce à de bonnes âmes émues par notre détresse, nous passons une excellente nuit sous une tente poussiéreuse mais confortable, et le lendemain matin, c’est une vingtaine de pinsons, tous frais, mais pas très propres qui reprennent la route du bon pied, car le soir au camp doit avoir lieu le concours de cuisine.

Nous arrivons pour le déjeuner que des âmes charitables nous ont préparés. Chacun se débarrasse de sa couche de poussière et de boue… et en avant poêles et chaudrons. Les Barracudas sont vainqueurs, suivis de près par les Potorous, comme de grands gourmands qu’ils sont. Aujourd’hui c’est le 1er Juillet et nous allons en bons républicains, lancer l’assaut contre la Bastille. Embuscades, escarmouches, combats violents, corps à corps dans la nuit, et à 1 heure du matin la forteresse est vaincue, nous pouvons nous coucher, la conscience en paix aidant à supporter bleus et bosses. Le 15 Juillet, commence la construction des fameux radeaux. Construction qui se poursuit les 19 et 20 Juillet. (Assemblage, décoration, chargement du matériel), le tout agrémenté par des baignades, des ateliers chants, danses, secourisme, brevets, discussions sur des sujets divers au choix des responsables. Le 21, création des ateliers costumation, le départ de la descente devant se faire sur le thème « La Marine de tous les temps ». Un retour en arrière pour mentionner le 16 Juillet, le départ des patrouilles en explo. Les unes partent pour VALLON PONT d’ARC, RUOMS, les autres pour le CHASTILLAT, les camps nautiques des bords de l’Ardèche, la VIGNASSE d’Alphonse DAUDET ou encore la grotte MARZAL. De retour au camp, elles fûrent accueillies par le Totem qui provoqua de vives réactions chez les Papoozes qui, à qui mieux mieux exhalèrent le traditionnel antagonisme contre les Sachems. Au sujet de cette explo, nous félicitons une fois encore la patrouille des Barracudas qui sous la direction de Claude BOUILLOT enleva la meilleure note.

22 Juillet. Et voici enfin le clou du camp. A nous l’Ardèche… Les radeaux sont fin prêts, il ne manque ni un clou ni un boulon, et, à 12 H précises, après avoir embarqué sacs, malles, intendance pour 3 jours, le NEPHISTO, radeau amiral, prend l’Ardèche suivi par les 5 autres : DAUPHINS, OURS, ALBATROS, POTOROUS et CHINCHILLAS. A 13 H, nous attaquons le premier rapide (CAYRE-CREYT). Les 6 radeaux passent, sauf NANDOU responsable du clan, qui nous accompagne. Il rejoint à bord d’un canoë de passage. Ce ne serait là qu’un moindre mal si 10 minutes après, nous nous apercevions que la caméra a, elle-aussi pris son bain, ce qui fait que nous serons privés de la joie rétrospective du film de la descente.

Ces premières aventures surmontées, le premier des 3 rapides, les plus dangereux nous attend « LE CHARLEMAGNE ». Il nous faut débarquer gars et malles. Pendant deux heures, toute la maîtrise, cramponnée, passera tour à tour les 6 radeaux guidés au lasso de la rive par l’un d’eux. Inutile de dire qu’après cet exploit, un bon repos est indispensable avant le nouveau départ.

La première nuit à la belle étoile (Source du Colombier) se prolonge jusqu’à 8h, et à 10h nous reprenons le cours du fleuve, vers le camp nautique du Mâs de Serret, lieu de notre seconde étape. Quelques rapides, quelques émotions, pou de mal mais beaucoup d’ampoules, et, à 20h30 nous retrouvons le plancher des vaches pour un dîner, une petite veillée, quelques chants ‘par les plus courageux, et extinction des feux très têt car demain la deuxième difficulté du parcours nous attend. Après un lever des couleurs qui s’effectue au milieu de l’Ardèche sur les 5 radeaux formant un demi-cercle devant le radeau amiral, et ceci chaque jour à la grande admiration des touristes riverains, nous abordons la deuxième difficulté, « La Taupine du Goumier ». Tous passent sans trop de mal. Troisième difficulté, « La Pastière ou rapide de la Cathédrale ». Un très fort courant, et le rapide se jette sur un rocher de 3 mètres de haut qu’il faut éviter. Il est I6h, le premier radeau s’engage. A 16H 30, 5 radeaux ont franchi victorieusement, reste le radeau des Potorous. Il s’engage, et, immédiatement entraîné par le courant, il se met de côté. Nous avons à peine le temps de nous cramponner, et nous heurtons le rocher avec violence; le radeau se dresse à la verticale, 6 éclaireuses tombent à l’eau et sont ramenées à la rive, tandis que Nelly Largillière et moi restons sur le radeau, nous tenant tant bien que mal. Pendant ce temps, Françoise, Pierre-Armand, Christian (dit Patibulaire) et un canoë, viennent à notre secours. Le canoniste délivre Nelly et la ramène sur la rive, tandis que de là, les Eclaireurs lancent un lasso afin d’éviter que le radeau ne se retourne sur nous. Françoise dégage les sacs immergés et toujours attachés; un plongeur réussit à récupérer différents objets au fond de l’eau, dont le troisième appareil photo. Je reviens sur la rive suspendu par les mains à un cordage, inquiet du sort du radeau que nous parvenons à ramener sur la berge. Tout le monde est sain et sauf, il ne reste plus qu’à faire sécher sacs, vêtements, duvets, intendance etc… Il faudra y consacrer deux heures et remettre en état le malheureux radeau qui a perdu un bidon. Tout le monde s’y met avec ardeur et nous pouvons repartir vers la source de la Madeleine où nous passerons la dernière nuit de cette descente.

Dix heures de sommeil réparateur, les radeaux prêts, dernière cérémonie du lever des couleurs sur l’eau, mais en plus nous recevons les promesses de Denis ALEXALINE, Didier BRICIER, Gérard CHAFFANEL, Jean Marc FRAMARZI, Yann BOURIT et Jean-Michel BLOCK que nous félicitons. Nous partons pour GOUZE, terme de notre descente.

Ce dernier jour fût je crois, pour tous le plus pénible et le plus heureux, car malgré les incidents relatés, il pût se terminer dans une joie sans pareille. Pénible oui, cette interminable ligne droite, où vents et courants acharnés contre les six radeaux imposèrent des efforts énormes. Beaucoup connurent alors le découragement, et je ne parle pas des ampoules. Impossible de ravitailler les équipages, tous les bras sont nécessaires pour faire avancer les radeaux. Il est 16 Heures et le petit déjeuner est loin, mais nous arrivons au but et le premier but pour l’instant, c’est le restaurant où les tables abondamment garnies nous attendent. Une heure et demie de restauration et de repos, et nous entreprenons de démonter nos chers radeaux, et pourquoi ne pas faire taire un instant notre modestie, pour parler de l’admiration de nombreux touristes qui nous entourent. Admiration qui nous a d’ailleurs suivi pendant toute cette épopée. Si nous n’avons malheureusement pas de film, nombreux sont les estivants qui cet hiver se réjouiront en revivant par l’image « Notre » descente.

Sur la rive, le camion nous attend, et à 19H, gars et matériel sont embarqués pour le retour au camp. C’est alors que toute la fatigue oubliée comme par enchantement, la joie éclate. Joie d’avoir pleinement et avec quel succès, réalisé cette vaste entreprise, où chacun a mis tout son coeur. Les chants fusent et se succèdent sans fin, et le fameux « CONGO », le chant de la descente que maintes fois les touristes avaient repris avec nous, continue à exalter tout le groupe, pendant cette phase ultime. C’est l’épisode final. Les 28, et 29 sont consacrés au démontage et rangement, et, à 18 H, nous quittons le camp en direction de PARIS.

Article non signé, mais dont l’auteur est probablement Jean-Michel Aragno (Chef de Troupe éclaireur à ce camp)

 

 


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